Blog » La technologie utilisée par les journalistes
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Back to Actualités Written on 26-Jul-2010 by mediacampusJuillet 2010 - La distribution numérique de l’information exige une expertise technique bien plus importante dans la salle de rédaction afin de maximiser son potentiel et les journalistes peuvent tirer parti du pouvoir de l’informatique pour augmenter la portée de leurs reportages.
La plupart des grands groupes de presse réalisent actuellement un effort considérable pour augmenter leurs capacités techniques.
Associated Press (AP), par exemple, a récemment annoncé la création de nouvelles équipes régionales d’investigation comprenant des spécialistes aussi bien « du reportage assisté par ordinateur (RAO), de l’accès aux archives publiques et de l’interactivité Flash », que du « bon vieux reportage traditionnel ».
Une note interne provenant du rédacteur en chef Mike Oreskes invitait même les journalistes à contacter leur rédacteur régional s’ils avaient des idées ou suggestions qui pourraient tirer profit de l’engagement de ces équipes.
Le mémo indique qu’« à présent, tout journaliste ayant une idée de sujet exigeant une analyse de données de haut niveau, se prêtant à une carte interactive ou nécessitant une couverture multimédia, bénéficiera de l’aide d’un partenaire dans sa région et pourra travailler en équipe ».
Mike Oreskes a expliqué dans une interview qu’« une utilisation sophistiquée des données était devenue un outil essentiel de reportage, en particulier pour le journalisme d’investigation et économique. »
Par conséquent, AP forme désormais davantage de journalistes dans ces domaines et cherche à créer quelques postes destinés à « des experts en analyse de données haut de gamme ».
Certes, tous ces analystes de données et spécialistes du RAO sont en premier lieu des journalistes, mais « dans tous les cas, l’objectif est d’allier l’instinct et les compétences journalistiques aux connaissances techniques de l’analyse de données », explique Mike Oreskes. Cette combinaison de compétences aboutit à un « journalisme plus performant ».
Des exemples de projets reposant sur l’analyse de données, menés à bien jusqu’à présent par les équipes d’AP, sont entre autres la cartographie des conditions économiques américaines et une étude des dépenses de la campagne électorale réalisées par la candidate au poste de gouverneur de Californie, Meg Whitman.
La journaliste d’AP basée à Sacramento, Juliet Williams, a eu recours aux compétences acquises lors d’une formation RAO pour analyser un rapport de 1 000 pages sur le financement de cette campagne, après qu’il soit apparu que la candidate, qui promettait « une approche budgétaire raisonnable », dépensait l’argent sans compter pour sa campagne.
La motivation plus importante que les connaissances techniques
Une récente étude sur le désormais célèbre département des nouvelles technologies interactives du New York Times menée par Cindy Royal, professeure assistante à l’université fédérale du Texas, montre que nombre de membres de l’équipe ne disposaient pas en fait d’expérience technique traditionnelle, mais que leur motivation journalistique était extrêmement élevée.
« Bien qu’à la recherche de collaborateurs dotés d’une grande expertise technique, le département finissait toujours par engager des personnes passionnées par le métier de journaliste ou témoignant d’un intérêt particulier pour un sujet et d’une capacité à travailler avec différents départements », rapporte Cindy Royale dans son étude.
La formation initiale des membres de l’équipe n’est pas nécessairement centrée sur le métier de journaliste, fait remarquer Cindy Royal ; ils sont généralement titulaires de diplômes dans des domaines tels que « l’art et le design, l’anthropologie, l’anglais, l’histoire, l’urbanisme, la rhétorique et bien sûr le journalisme ».
Cette équipe a été créée en 2007 par Aaron Pilhofer et Matt Ericson pour créer un groupe de développeurs/journalistes pouvant travailler avec toutes les rédactions, en se concentrant sur la RAO.
Le laboratoire de recherche et développement du Telegraph adopte actuellement une approche similaire.
« L’idée est de combiner les contenus et la marque du Telegraph pour les introduire dans de nouveaux domaines innovants en ligne et en utilisant les nouvelles technologies pour créer de nouveaux moyens de consulter ces contenus », résume le directeur du groupe responsable des services mobiles, Maani Safa.
Séparation des tâches pour la collecte et le développement des contenus
Juan Senor, un des associés du cabinet Innovation Media Consulting préconise néanmoins de ne pas submerger de défis technologiques les journalistes.
Il propose de diviser la salle de rédaction en flux entrants et sortants pour que les journalistes se concentrent sur la recherche de sujets et laissent les développeurs et journalistes visuels décider de la manière dont l’information sera présentée.
En moyenne, il faudrait un développeur pour cinq journalistes, pense-t-il. Les formations en journalisme commencent à intégrer ce besoin croissant de compétences techniques.
L’université de Columbia a récemment lancé un programme « journalisme et ingénierie ».
Et Time Magazine se demandait l’an dernier si les passionnés d’informatique pouvaient sauver le journalisme.
Dans tous les cas, le but est d’associer les compétences et l’instinct journalistique aux connaissances techniques de l’analyse de données.
Article de Mike Oreskes, AP, Rédacteur en chef paru dans le WAN-IFRA Magazine (Edition Juillet-Août 2010).