Blog » Un iPad ne fait pas le printemps
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Back to Actualités Written on 16-Jul-2010 by mediacampusJuin 2010 - Comme prévu, la nouvelle génération de tablettes qui sort en 2010 bouscule les délais des projets e-reading des éditeurs. Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Différents concepts vont émerger et les lecteurs e-readers dédiés (écrans E-Ink) prennent aussi leur envol.
WAN-IFRA : Les éditeurs se pressent pour que leurs applis soient prêtes dès le lancement de l’iPad sur leur marché respectif. Est-ce que cela implique qu’ils remettent à plus tard leurs projets e-readers ?
Stig Nordqvist : Nous sommes en contact avec de nombreux journaux qui sont en train de préparer la version e-reader de leurs publications. Pour la plupart d’entre eux, il ne s’agit pas de préparer la version e-reader OU l’appli iPad.
L’iPad est là, il faut faire vite. Et c’est assez simple car cela revient à concevoir une extension d’une appli iPhone, tout au moins au point de vue interne. Ceux qui ont travaillé sur les applis iPhone possèdent les kits de développement logiciel et les connaissances techniques.
Mais les éditeurs sont bien conscients qu’il faut aussi définir comment leurs publications seront lues sur une tablette multimédia, car sur un iPhone les gens picorent de l’information et l’expérience sera différente sur un iPad.
Lorsque je parle avec des éditeurs américains, japonais ou européens, ils me disent que leurs projets e-reading font partie d’une stratégie à long terme.
Les éditeurs qui ne planchent pas sur les e-readers pensent probablement que l’iPad est une bonne excuse pour laisser tomber la question des e-readers – mais ils étaient de toute façon sceptiques sur ces lecteurs. Les plus malins s’occupent des deux cas de figure parce que ce sont deux outils différents et que des habitudes de lecture particulières se dégageront à l’avenir.
Et même à long terme, nous verrons la coexistence d’appareils « polyvalents » et d’appareils dédiés. Tout comme les appareils photo de nos téléphones mobiles n’ont pas évincé les appareils photo numériques plus sophistiqués.
WAN-IFRA : L’expérience des applis payantes sur iPhone laisse imaginer un modèle économique simple pour l’iPad. Les éditeurs n’ont donc pas de problèmes !
Stig Nordqvist : Au contraire, je pense que nous nous aventurons sur un terrain dangereux. Si vous créez une appli payante pour l’iPad qui ressemble trop à votre site Web, beaucoup de gens iront directement consulter le site gratuitement sur Safari (sans l’expérience Flash bien sûr). Si vous voulez que vos consommateurs paient, il faut leur servir autre chose.
L’iPad comporte encore beaucoup d’incertitudes : Dans quel but les gens l’achèteront-ils ? Quelles seront les caractéristiques démographiques des acheteurs ? Et vu le prix, je suppose que la majorité des iPad vendus au début sera sans connexion 3G.
Il est donc difficile de dire clairement quel sera le modèle économique. La connexion 3G est un atout pour consommer la presse. Ce sera donc un concept très différent de celui de l’iPhone.
WAN-IFRA : L’iPad fournit au moins un bon environnement pour les annonceurs.
Stig Nordqvist : Je n’en suis pas si sûr. Apple ne prend pas en charge Flash – et une majorité de sites est fortement basée sur cette technologie, sans parler de la dominance de Flash sur le marché de la création des publicités Web.
Il est bien sûr aberrant de fournir un accès gratuit à votre site Web si vous ne pouvez pas le financer par des publicités, pour la simple raison que l’appareil ne prend pas Flash en charge.
Les discussions sur la possibilité d’utiliser HTML5 pour remplacer Flash vont bon train. C’est une option et ces dernières semaines un bon nombre de sites Web ont testé des versions de leurs sites amputées de Flash ou en HTLM5. Mais nous savons que les agences publicitaires ont préféré Flash à HTML parce qu’il est indépendant des navigateurs et des plates-formes et l’utilisateur voit exactement la même chose, même avec différentes versions du même navigateur.
WAN-IFRA : Quels sont les divers segments de lecteurs électroniques, maintenant que le marché prend lentement son envol ?
Stig Nordqvist : Je pense qu’il y aura quatre groupes d’appareils en 2010. Les lecteurs d’entrée de gamme pour les livres coûteront finalement dans les 100 à 200 dollars et resteront dotés de petits écrans noir et blanc.
Ensuite les milieux de gamme dont le nouveau Kindle qui sera lancé un peu plus tard cette année, le lecteur Nook, etc. Leurs écrans font 6 à 8 pouces et ce sont principalement des appareils de lecture mais ils prennent également en charge plusieurs formats de documents.
Puis enfin les hauts de gamme (500 à 700 dollars) avec des écrans plus grands comme le Kindle DX, (écran de 9,7 pouces) et les prochains appareils de Plastic Logic et Skiff. Ils offrent non seulement des formats plus grands, mais aussi une expérience que je qualifierais de « multireading », c’est-à-dire qu’en plus de la lecture des livres, ils présentent aussi un design visuel adapté aux magazines et aux journaux. Bien sûr, ils permettent aussi la lecture de vos documents de travail.
Le concept que Plastic Logic et Research in Motion (RIM et son BlackBerry) ont imaginé pour les hommes d’affaires est intéressant : si vous achetez un e-reader 3G de Plastic Logic et que vous possédiez un BlackBerry, toutes les pièces jointes que vous recevrez sur votre portable seront affichés sur votre lecteur. Vous pourrez travailler dessus et les renvoyer par e-mail via votre téléphone.
Une excellente combinaison car certaines personnes n’ont pas besoin dans leur vie quotidienne d’un appareil qui fasse un peu de tout et soit multimédia.
Elles préféreront un appareil dont la batterie dure plusieurs jours car il consomme peu, accepte de lire toutes sortes de documents, présente une connectivité robuste, etc. Donc déjà maintenant, le marché est segmenté.
Évidemment quelques consommateurs compareront le Kindle DX (489 dollars, 3G intégré et gratuit) avec les versions moins chères de l’iPad (499-699 dollars sans connectivité 3G). Si vous achetez l’iPad avec 3G (629-829 dollars), vous avez 12 à 24 mois de coûts d’abonnement 3G, ce qui au final vous coûtera pratiquement le double. Mais il est sûr que l’iPad ou les futurs WePad et HP Slate forment un quatrième groupe d’appareils dont le prix se situe entre 400 et 800 dollars plus les coûts pour la connexion 3G.
WAN-IFRA : Quelles améliorations verront le jour cette année pour les lecteurs numériques : dans le domaine de la couleur, du contraste, du temps de réponse ?
Stig Nordqvist : Le temps de réponse ne se réduira pas de façon drastique. Ce n’est pas la priorité actuelle des fabricants. Ce sur quoi ils se concentrent, ce sont une réduction du prix et une augmentation de la taille de l’écran. Le contraste et la couleur prennent de plus en plus d’importance maintenant.
La couleur viendra ; quelques-uns disent cette année, mais je pense qu’ils sont un peu trop optimistes. Si nous avons de la chance, nous verrons un ou deux bons lecteurs en couleur vers la fin de l’année.
La couleur percera en 2011 ou 2012. Elle est davantage adaptée aux lecteurs haut de gamme et séduira les annonceurs.
Quant aux écrans flexibles, on en parle énormément. Mais ce qui est essentiel, c’est la robustesse de l’écran : il faut pouvoir le manipuler comme on manipule un magazine. Il doit pouvoir tomber ou prendre la pluie sans qu’il soit endommagé.
Concernant la discussion sur les écrans tactiles, tout ce qu’on peut dire pour le moment, c’est qu’ils réduisent la clarté et le contraste.
Donc je suis tenté d’abonder dans le sens d’Amazon : Fournissez un grand confort de lecture à l’utilisateur et concentrez vos efforts sur ses attentes. Il est difficile de faire du multimédia et de fournir un environnement qualitatif de lecture sur un seul appareil.
Stig Nordqvist dirige la recherche sur les médias numériques ainsi que les Executive Programmes, eNews et eRev.
Dans cette interview, il répond à quelques questions liées au lancement de l’iPad.
Article du WAN-IFRA Magazine (Mai-Juin 2010)
written on 05-Aug-2010
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